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À Abidjan, le takaful confirme la promesse mutualiste — en chiffres

Leadway Takaful a remis le 20 avril un chèque de 39,75 millions FCFA au Commissariat du Hadj : troisième rétrocession publiquement documentée d'excédents techniques. Une trajectoire qui inscrit l'assurance islamique dans la durée du marché ivoirien.

Dans les locaux du Commissariat du Hadj à Abidjan, le 20 avril, l'imam Bachir Ouattara, commissaire au Hadj de Côte d'Ivoire, a réceptionné des mains de Tiornan Coulibaly, directeur général de Leadway Assurance Côte d'Ivoire, un chèque de 39 753 896 FCFA. Le montant correspond à la part d'excédent technique générée par les contrats d'assurance souscrits pour les pèlerins ivoiriens du Hadj 2025 par la branche Takaful de l'assureur. Troisième rétrocession publiquement documentée depuis 2023, l'opération ancre dans la durée ce qui distingue le takaful de l'assurance conventionnelle : un excédent qui revient aux assurés, non à l'actionnaire.

Une séquence désormais établie

La cérémonie, tenue à 14 heures, s'est inscrite dans une mécanique aujourd'hui rodée. En mai 2023, Leadway Takaful avait reversé 20 000 800 FCFA au Commissariat du Hadj au titre de l'exercice 2022, lors d'une opération que l'imam Bachir Ouattara avait alors qualifiée de première du genre. En mai 2024, c'était un chèque de 36,5 millions FCFA — surplus de l'exercice 2023 — qui changeait de mains, doublé d'une enveloppe de 12 millions FCFA mise à disposition des familles des six pèlerins ivoiriens décédés cette année-là. Avec 39,75 millions FCFA versés au titre de 2025, l'assureur a reversé près de 96 millions FCFA d'excédents techniques sur trois exercices comptablement transparents.

Exercice Hadj

Cérémonie de remise

Excédent reversé (FCFA)

Notes

2022

29 mai 2023

20 000 800

Première rétrocession ; 50 % des pèlerins assurés

2023

29 mai 2024

36 500 000

+ 12 M FCFA aux familles de 6 pèlerins décédés

2025

20 avril 2026

39 753 896

Cérémonie au Commissariat du Hadj

Excédents techniques rétrocédés au Commissariat du Hadj par Leadway Takaful

Le commissaire au Hadj a souligné, lors de la cérémonie du 20 avril, que la rétrocession traduit « les principes de rigueur, de bonne gouvernance des ressources, et la pertinence du modèle takaful, fondé sur des valeurs en adéquation avec les exigences du pèlerinage ». La formule, prudente, recouvre une réalité qui mérite explication.

L'excédent, marqueur du takaful

Dans l'assurance conventionnelle, lorsque les primes encaissées dépassent la somme des sinistres déclarés et des frais de gestion, l'excédent technique alimente le résultat de la compagnie : il revient, in fine, aux actionnaires. Le takaful inverse ce principe. Les cotisations des participants alimentent un fonds collectif, fondé sur le principe du tabarru' — le don mutuel —, géré par l'opérateur selon un modèle wakala : Leadway Takaful y intervient en qualité de mandataire (wakil) de la communauté des assurés, contre une commission de gestion (ujrah) explicitement définie au contrat. L'opérateur ne capte aucune fraction de l'excédent technique. Lorsque le fonds dégage un surplus en fin d'exercice, celui-ci appartient à la communauté des participants. Il leur est redistribué, conservé en réserve, ou affecté à des œuvres communes.

L'opération conduite à Abidjan en fournit la démonstration empirique. Les 39,75 millions FCFA versés au Commissariat du Hadj correspondent à la part d'excédent rétrocédée à la communauté des pèlerins assurés, par l'intermédiaire de leur représentant institutionnel. Le chiffre est en soi un baromètre : un excédent positif signifie que les sinistres effectivement déclarés sont restés en deçà des contributions collectées, et que la mécanique du fonds, validée par le comité Charia, a fonctionné conformément aux standards édictés par les normalisateurs internationaux de l'industrie — au premier rang desquels l'AAOIFI et l'IFSB.

L'imam Koné Daoud, président du comité Charia de l'opérateur, l'a rappelé en termes simples. Le takaful, a-t-il indiqué, repose sur « la contribution des participants à un fonds destiné à s'entraider, dans un cadre conforme aux principes de la finance islamique, notamment en matière de transparence et d'éthique ». Le rôle du comité Charia, a-t-il précisé, est précisément d'auditer en continu cette conformité, depuis la souscription des contrats jusqu'à l'allocation des excédents.

 

Le Directeur Général de Leadway, Tiornan Coulibaly, a réitéré ses remerciements au commissaire du hadj pour cette opportunité de renforcer l’engagement de sa structure.Pour leadway ce partenariat est l'occasion de mettre en oeuvre les valeurs de solidarité et d' entraide, en offrant un accompagnement protecteur et fraternel aux pèlerins.

Aussi a-t-il ajouté « Une part significative de la demande ivoirienne reste, par conviction, hors champ de l'assurance conventionnelle. Le takaful répond précisément à ce besoin — il n'est pas uniquement un  produit confessionnel, mais une réponse d'inclusion financière. Au-delà du Hadj, c'est l'ensemble des risques quotidiens, professionnels et matériels, que nous voulons couvrir selon les principes éthiques de la finance islamique à travers le Takaful. »

Une vitrine pour la place ivoirienne

L'épisode dépasse le cadre d'une cérémonie de partenariat. Pionnière en Côte d'Ivoire depuis 2018 du takaful famille — la branche qui couvre les risques liés à la personne, par opposition au takaful général appliqué aux biens —, Leadway Takaful, branche dédiée du nigérian Leadway Assurance, opère sur le premier marché de l'assurance de la zone CIMA en volume. Le segment islamique y reste cependant émergent, encore largement invisible dans les statistiques sectorielles publiées par l'Association des sociétés d'assurance de Côte d'Ivoire.

Pour Fatou Bilé, qui dirige la branche Takaful du groupe à Abidjan et était présente à la cérémonie aux côtés du directeur général, le takaful « est avant tout une démarche d'inclusion financière. Il donne accès à l'assurance à une part de la demande qui en restait écartée par conviction ». La directrice insiste sur le caractère non-substitutif du modèle : « nous ne nous substituons pas à l'assurance conventionnelle, nous complétons l'offre — là où elle ne parvenait pas à répondre à toute la demande ».

Pour cet écosystème, le Hadj constitue un point d'ancrage culturel et commercial évident : il rassemble chaque année, dans le cadre du quota ivoirien fixé à 10 000 pèlerins (7 000 pour le contingent étatique, 3 000 pour les opérateurs privés), une demande captive et fortement attachée à des produits conformes à la Charia. La rétrocession, visible et chiffrée, fournit aux opérateurs un argument que la communication institutionnelle peine souvent à porter — celui d'un modèle économique qui rend ce qu'il a perçu en trop, sur la durée. Pour mémoire, lors de l'exercice 2022, Leadway Takaful avait assuré la moitié du contingent ivoirien.

Le partenariat ne se limite pas à la rétrocession des excédents. Au titre de l'exercice 2023, l'opérateur avait également mobilisé une enveloppe de 12 millions FCFA en faveur des familles des six pèlerins ivoiriens décédés au cours du pèlerinage, illustrant le second pan du modèle : lorsque le sinistre survient, c'est ce même fonds takaful qui prend en charge ses ayants droit.

 

CE QU'IL FAUT RETENIR

  39 753 896 FCFA d'excédent technique reversés au Commissariat du Hadj le 20 avril 2026, au titre du Hadj 2025.

  Troisième rétrocession publiquement documentée depuis 2023 (cumul ≈ 96 M FCFA).

  Mécanisme : modèle wakala — l'opérateur agit comme mandataire du fonds contre commission ; l'excédent appartient aux participants.

  Opérateur : Leadway Takaful, branche du groupe nigérian Leadway, présent en Côte d'Ivoire depuis 2018.

 

À chacune des éditions précédentes, les intervenants — Commissariat du Hadj comme Leadway Takaful — avaient indiqué vouloir reconduire et élargir le dispositif. Le 20 avril, le comité Charia a, pour sa part, plaidé pour une adhésion plus large à l'assurance islamique, dont le modèle, selon lui, s'inscrit dans la cohérence des valeurs éthiques et sociales portées localement.

Au-delà du chèque, l'exercice livre un test simple aux opérateurs takaful présents en Côte d'Ivoire : la promesse mutualiste tient lorsqu'elle se mesure dans la durée. Les 39,75 millions FCFA de l'édition 2025 fixent une référence — et un attendu — pour les exercices à venir.

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IFMag — Rédaction Abidjan

 

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4 commentaires

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    mai 13, 2026

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